Perspectives agricoles de l'UE à l'horizon 2035 : les principaux défis sont les risques géopolitiques, les coûts de production et les revenus des exploitations agricoles
Les tensions géopolitiques, les fluctuations des prix de l'énergie et des engrais, le changement climatique, la pénurie de main-d'œuvre et le vieillissement des agriculteurs pourraient transformer de manière significative l'agriculture de l'Union européenne au cours de la prochaine décennie. Une synthèse des débats d’experts publiée par le Centre commun de recherche (CCR) de la Commission européenne évalue l’impact que ces facteurs pourraient avoir sur la production agricole, le commerce et les revenus des exploitations d’ici 2035.
Publiée le 8 octobre 2026, cette synthèse rend compte des discussions d’experts qui se sont tenues au printemps 2026. Ces discussions ont porté sur les scénarios à long terme de l'évolution de l'agriculture dans l'UE et sur les principaux risques susceptibles d'affecter la compétitivité du secteur et la résilience économique des agriculteurs.
La production de certains secteurs pourrait reculer, tandis que celle d’autres pourrait augmenter
Selon les experts, la production de céréales, de betteraves sucrières, de viande bovine, de viande porcine et de viande ovine pourrait diminuer au cours de la prochaine décennie dans l’UE. Des perspectives plus favorables sont prévues pour les secteurs de la viande de volaille, des œufs, des oléagineux et des protéagineux.
Ces changements structurels ne seront pas uniquement liés aux tendances de la consommation et du marché. Les coûts de production, les conditions climatiques, le commerce international, l’adoption des technologies et la capacité des exploitations agricoles à investir joueront un rôle important.
L’UE reste très dépendante des engrais importés
L’étude du CCR identifie la dépendance de l’UE vis-à-vis des importations d’engrais minéraux et de ressources énergétiques comme l’un des facteurs de vulnérabilité de l’agriculture.
En 2025, les importations ont représenté 53 % des besoins de l’UE en engrais azotés, 63 % en engrais phosphatés et pas moins de 76 % en engrais potassiques. Une telle dépendance signifie que les conflits géopolitiques, les flambées des prix de l’énergie ou les perturbations des chaînes d’approvisionnement internationales peuvent se répercuter directement sur les coûts de production des agriculteurs.
L'une des pistes envisageables pour réduire cette dépendance consiste à récupérer plus efficacement les nutriments contenus dans le lisier animal et à les réintroduire dans la production agricole.
Une perturbation de l’approvisionnement énergétique aurait de graves répercussions sur les revenus des exploitations agricoles
Les experts du JRC ont également analysé des scénarios hypothétiques de bouleversements géopolitiques. L’un d’entre eux simule une situation où, en 2026, les exportations de pétrole et de gaz via le détroit d’Ormuz seraient interrompues pendant six mois. Dans un tel scénario, les revenus moyens des exploitations agricoles de l’UE pourraient baisser de 5,9 % par rapport au scénario de référence.
Il est important de souligner qu’il s’agit du résultat d’une modélisation hypothétique et non d’une prévision selon laquelle une telle perturbation de l’approvisionnement se produirait.
Ce scénario montre toutefois à quel point les résultats économiques de l’agriculture moderne sont étroitement liés aux marchés de l’énergie et aux processus géopolitiques en dehors de l’UE.
Le changement climatique pourrait réduire les rendements
Le changement climatique reste un défi majeur à long terme. Selon une étude du CCR, les rendements du blé et du maïs en Europe du Sud pourraient baisser d’environ 20 %, même si une partie des pertes potentielles pourrait être compensée par des mesures d’adaptation.
Le changement climatique pourrait également avoir des répercussions sur l’élevage : on prévoit une baisse potentielle de la production laitière et de la production de viande.
C’est pourquoi les investissements dans l’agriculture de précision, l’innovation, les nouvelles méthodes génomiques et les systèmes de production adaptés au changement climatique revêtent une importance croissante pour la résilience du secteur.
Accords commerciaux : à la fois des opportunités et une pression concurrentielle
Les accords commerciaux de l’UE avec les pays du Mercosur, l’Inde, l’Indonésie et le Mexique pourraient ouvrir de nouvelles perspectives d’exportation pour le secteur agricole et alimentaire européen.
De nouvelles opportunités pourraient notamment se présenter pour les producteurs de vin, de produits laitiers, d’huile d’olive et de produits alimentaires transformés. Cependant, l’augmentation des importations pourrait également accentuer la pression concurrentielle sur les secteurs agricoles les plus vulnérables de l’UE, notamment les producteurs de viande bovine, de viande de volaille, de sucre et de produits laitiers.
C’est pourquoi, lors de l’évaluation des nouveaux accords commerciaux, il est important de prendre en compte non seulement la croissance globale des échanges, mais aussi leur impact sur des secteurs agricoles spécifiques de l’UE ainsi que sur les conditions de concurrence des agriculteurs.
Les exploitations agricoles ont besoin d’une stabilité politique à long terme
Les discussions des experts du CCR soulignent également l’importance de la continuité de la politique agricole. Les investissements des agriculteurs dans le matériel, les bâtiments, l’énergie, l’élevage, l’amélioration des sols ou les nouvelles technologies sont planifiés plusieurs années à l’avance. C’est pourquoi les changements fréquents des conditions d’aide et de la réglementation accroissent l’incertitude et compliquent la prise de décisions à long terme.
Le rapport souligne que la résilience à long terme des exploitations agricoles et les investissements nécessitent une plus grande continuité des mesures politiques, et que la planification de la politique agricole de l’UE devrait mieux répondre aux besoins à long terme du secteur.
Les évaluations des experts du CCR indiquent que, au cours de la prochaine décennie, la résilience de l’agriculture de l’UE ne dépendra pas d’un seul facteur. La disponibilité de l’énergie et des engrais, les revenus des exploitations agricoles, les effets du changement climatique, la politique commerciale, l’innovation et une politique agricole claire à long terme deviennent des enjeux interdépendants.
Il est particulièrement important pour le secteur agricole que, parallèlement au renforcement des exigences imposées aux agriculteurs, les conditions économiques soient réunies pour leur permettre d’investir, de moderniser leurs exploitations et de maintenir une production compétitive. La sécurité alimentaire à long terme est indissociable d’exploitations agricoles économiquement viables et résilientes.