Des forêts sociales s'étendant sur des milliers d'hectares sont en cours de création en Pologne
La Pologne a lancé une nouvelle orientation en matière de politique forestière : des forêts dites « sociales » ou « communautaires » sont créées à proximité des grandes villes. Leur objectif est d'offrir aux citadins davantage de possibilités de se détendre dans la nature, tout en renforçant la protection de la biodiversité et en limitant l'exploitation forestière commerciale dans les zones proches des villes.
La première zone de cette envergure est en cours de création autour de Wrocław. Elle couvre environ 13 000 hectares de forêts, dans lesquelles il est prévu de mettre en place différents niveaux de protection et d’intensité d’activité humaine.
Il ne s’agit pas seulement de créer de nouveaux parcs ou espaces de loisirs. Cette initiative modifie la conception du rôle d’une partie des forêts domaniales : à proximité des grandes villes, la priorité n’est plus accordée à la production de bois, mais aux loisirs, à la protection de la nature et aux besoins de la population.
Trois zones forestières distinctes
Le territoire des forêts sociales de Wrocław est divisé en trois zones principales, auxquelles s’appliquera un régime de protection différent.
« Forêts naturelles » – des territoires qui seront pour l’essentiel laissés à la nature. L’objectif est d’y créer les conditions permettant aux écosystèmes forestiers de se développer sans intervention humaine active.
« Forêts semi-naturelles » – des territoires où l’activité humaine restera possible, mais sera fortement restreinte. L’accent y sera principalement mis sur la préservation des valeurs naturelles et de la biodiversité.
La majeure partie sera constituée de « forêts sociales » – plus de 8 000 hectares. Ces territoires seront avant tout destinés aux loisirs et à la découverte de la nature. Il est prévu d’y aménager et de développer des sentiers pédestres, des pistes cyclables et des parcours pédagogiques.
Un changement important : l’abattage des arbres y sera limité, et la production commerciale de bois ne sera plus la fonction principale de la forêt.
Les forêts sociales : pas seulement à Wrocław
Wrocław n’est qu’une des régions où la Pologne prévoit de mettre en œuvre ce nouveau concept. Des projets similaires de forêts sociales sont également prévus à proximité d’autres grandes villes du pays : Varsovie, Cracovie, Poznań et Łódź.
L'objectif est ainsi de créer des espaces verts plus vastes autour des principaux centres urbains et d'offrir aux habitants des zones de loisirs plus facilement accessibles.
À mesure que les villes et leurs banlieues s’étendent, les forêts sont de plus en plus souvent considérées comme bien plus qu’une simple ressource en bois. Ils remplissent une fonction récréative, contribuent à atténuer l’effet de chaleur urbaine, préservent la biodiversité, contribuent à l’amélioration de la qualité de l’air et offrent aux habitants des espaces propices à l’activité physique et à la détente.
L'approche de la Pologne vis-à-vis des forêts domaniales évolue
La création de forêts sociales s'inscrit dans le cadre d'une évolution plus large de la politique environnementale polonaise. Le gouvernement actuel, qui a pris ses fonctions en décembre 2023, a entrepris de limiter les coupes forestières dans certaines des zones les plus précieuses d'un point de vue naturel.
Ces décisions ont été prises à l'issue de longs débats sur l'exploitation des forêts polonaises et suite aux critiques adressées au gouvernement précédent concernant l'intensité des coupes. La forêt de Białowieża (Białowieża Forest) – l’un des écosystèmes forestiers les plus précieux et les plus anciens d’Europe – est devenue l’un des principaux sujets de controverse.
Cette nouvelle orientation témoigne d’une volonté d’évaluer une plus grande partie des forêts domaniales non seulement d’un point de vue économique, mais aussi social et environnemental.
Les forêts remplissent de plus en plus souvent plusieurs fonctions
L’exemple de la Pologne reflète un débat plus large en cours en Europe sur la vocation des forêts. Les forêts sont à la fois une source de bois et d’autres matières premières, un pilier de l’activité économique et de l’emploi, un moyen de stockage du carbone, un refuge pour la biodiversité et un espace de loisirs pour la population. Il n’est pas facile de concilier toutes ces fonctions.
Cela est particulièrement vrai à proximité des grandes villes, où les forêts sont soumises à une forte pression récréative et où les attentes de la population en matière de préservation divergent souvent des objectifs traditionnels de la sylviculture économique.
C’est pourquoi le modèle retenu en Pologne repose sur une différenciation des territoires : dans certaines zones, la priorité est donnée aux processus naturels, dans d’autres, une activité humaine limitée est autorisée, tandis que la majeure partie des forêts sociales est adaptée aux besoins récréatifs de la population.
Une question importante se pose : comment concilier les intérêts de la société, de la nature et de l’économie ?
Le développement des forêts sociales soulève également des questions qui ne concernent pas uniquement la Pologne. Lors de l’extension des zones protégées ou des territoires soumis à des restrictions d’activité économique, il est important d’évaluer l’impact de ces décisions sur la sylviculture, le secteur du bois, les propriétaires fonciers et les communautés locales.
Plus la société attend de fonctions de la part des forêts, plus il devient important de définir clairement dans quelles zones la priorité est donnée à la protection de la nature et aux loisirs, et dans lesquelles une activité économique durable reste essentielle.
Il est tout aussi important que les décisions relatives à l’utilisation des terres et des forêts soient prises en impliquant les personnes qui vivent, exploitent des terres agricoles, gèrent des forêts ou mènent d’autres activités économiques dans ces territoires.
Les forêts sociales mises en place en Pologne peuvent constituer un exemple intéressant pour d’autres pays européens qui cherchent des moyens de concilier, à proximité des villes en pleine expansion, le besoin des habitants de profiter de la nature, la protection de la biodiversité et l’utilisation rationnelle des terres et des forêts.
Du point de vue des propriétaires agricoles et forestiers, il est particulièrement important que le développement des infrastructures vertes ne repose pas uniquement sur de nouvelles restrictions, mais aussi sur un dialogue avec les communautés locales, des décisions claires concernant la propriété et les activités agricoles, ainsi qu’un juste équilibre des intérêts. Ce n’est qu’ainsi que le développement des « villes vertes » pourra devenir, non pas une source de conflits, mais un avantage à long terme tant pour les habitants des villes que pour ceux des zones rurales.